Avec 30 000 € de bénéfice annuel, la question du choix entre SASU et EURL n'est pas anodine. L'écart net en main entre les deux statuts peut atteindre 4 209 € par an — une somme qui, capitalisée sur dix ans, change sensiblement le patrimoine final de l'entrepreneur. En 2026, la Loi de Finances a porté le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 31,4 %, dont 18,6 % de prélèvements sociaux, modifiant l'équation pour les dirigeants qui misaient sur les dividendes en SASU. Autant dire que l'analyse mérite d'être menée sérieusement, chiffres en main.
Le contexte : < 50 k€ de bénéfice après IS
Le seuil de 50 000 € de bénéfice après impôt sur les sociétés constitue un repère structurant. En dessous, le taux réduit d'IS à 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice imposable (article 219 I b du CGI), ce qui rend la capitalisation en société particulièrement efficace. À 30 000 €, on reste dans cette zone favorable.
Les cotisations sociales 2026 confirment deux logiques radicalement opposées. Le régime assimilé salarié cumule charges patronales et salariales pour un taux global d'environ 75 % du salaire brut. Le régime TNS, géré par l'URSSAF, tourne autour de 40 à 45 % de la rémunération nette. Cet écart conditionne tout le reste.
Pour un bénéfice de 30 000 €, l'entrepreneur arbitre concrètement entre trois options : rémunération seule, dividendes seuls, ou combinaison des deux. Ce choix dépend directement de la structure retenue. Une SASU et une EURL à l'IS obéissent à des mécaniques sociales et fiscales très multiples, et confondre les deux peut coûter cher. L'analyse porte ici sur le revenu net réellement disponible, après tous les prélèvements obligatoires — c'est le seul indicateur qui importe à ce niveau de bénéfice.
SASU : régime assimilé salarié (président)
Le président de SASU relève du régime général de la Sécurité sociale en tant qu'assimilé salarié. Cela lui ouvre une couverture maladie, une retraite de base et complémentaire, comparables à celles d'un cadre — à l'exception notable de l'assurance chômage, non accessible via ce statut.
La contrepartie est lourde : les charges sociales représentent environ 75 % du salaire brut (cumul patronales et salariales). Un salaire brut de 2 000 € coûte donc 3 500 € à la société. Pour un bénéfice de 30 000 €, verser une rémunération significative érode rapidement la trésorerie disponible. C'est pourquoi beaucoup de présidents de SASU optent pour une rémunération nulle ou minimale, complétée par des dividendes.
Attention : un président sans rémunération ne cotise pas. Zéro trimestre validé, zéro point de retraite complémentaire. L'article 200 A du CGI encadre la taxation des dividendes versés par la SASU — ils subissent le PFU à 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS), sans cotisations sociales supplémentaires. Pour l'optimisation rémunération du dirigeant, cette donnée est centrale. Sur un bénéfice de 30 000 € soumis à 15 % d'IS (soit 4 500 € d'IS), les 25 500 € distribuables génèrent un net de 20 343 € en main après PFU. Le total d'impôts payés atteint 22 549 € sur la période, et le patrimoine net après dix ans (IS sur plus-value inclus, hypothèse de capitalisation à 4 %) ressort à 27 221 €.
EURL : régime TNS (gérant majoritaire)
Des cotisations plus légères, mais une nuance majeure sur les dividendes
Le gérant majoritaire d'EURL relève de la Sécurité sociale des indépendants, gérée par l'URSSAF depuis 2020. Son taux global de cotisations TNS tourne entre 40 et 45 % de la rémunération nette — sensiblement moins que les 75 % du régime assimilé salarié. Sur 30 000 € de bénéfice, cet écart se traduit directement par un capital net en main initial de 24 552 €, contre 20 343 € en SASU.
Mais il existe une nuance que beaucoup négligent. En EURL soumise à l'IS, les dividendes qui excèdent 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé sont assujettis aux cotisations sociales TNS. Ce mécanisme, confirmé par l'URSSAF, élimine une grande partie de l'attrait des dividendes comme outil d'optimisation en EURL — contrairement à la SASU où les dividendes échappent toujours aux cotisations sociales.
Protection sociale TNS : ni dramatique, ni comparable au régime général
Le gérant TNS bénéficie d'une couverture maladie-maternité, d'une retraite de base et complémentaire, ainsi que d'une prévoyance de base. Les prestations restent inférieures à celles du régime général, notamment sur la retraite. La cotisation minimale TNS — environ 1 200 € par an — reste due même en l'absence de rémunération, ce qui atténue l'avantage de l'EURL si le gérant ne se verse rien. Sur dix ans, avec une capitalisation à 4 %, le patrimoine net EURL atteint 32 852 €, contre 27 221 € en SASU. Le total d'impôts payés en EURL s'élève à 18 938 €, soit 3 611 € de moins qu'en SASU.
Comparatif chiffré net en main
Voici les chiffres clés comparés, calculés sur la base d'un bénéfice de 30 000 €, TMI à 11 %, sans autre revenu, capital social minimal, selon la méthodologie et sources retenues pour cet article.
| Critère | SASU (assimilé salarié) | EURL (TNS) |
|---|---|---|
| Taux de charges sociales | ~75 % | ~45 % |
| Capital net en main initial | 20 343 € | 24 552 € |
| Total impôts payés | 22 549 € | 18 938 € |
| Patrimoine net à 10 ans | 27 221 € | 32 852 € |
| Dividendes soumis aux cotisations sociales | Non | Oui (> 10 % capital) |
L'écart net en main initial est de 4 209 € en faveur de l'EURL. Capitalisé à 4 % sur dix ans, cet avantage annuel produit un différentiel patrimonial de 5 631 €. Pour affiner ces projections selon votre profil exact, le simulateur rémunération vs dividendes vs holding permet d'intégrer votre TMI, vos charges réelles et vos objectifs patrimoniaux.
Capitalisation à 10 ans : ce que ça change
Le président de SASU sans rémunération n'accumule aucun trimestre de retraite, aucun point de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO). Sur dix ans, cela peut représenter une perte de pension mensuelle estimée à 50-80 € selon le niveau de points non acquis — modeste en apparence, mais permanente. Le gérant TNS cotise systématiquement sur sa rémunération, construisant ses droits dès la première année.
La compensation via un PER (Plan d'Épargne Retraite) ou un contrat Madelin reste possible pour le président de SASU, mais elle nécessite un arbitrage actif et une discipline d'épargne que beaucoup repoussent. Franchement, compter uniquement sur les dividendes pour financer sa retraite en SASU, c'est un pari risqué à ce niveau de bénéfice.
Profil idéal pour chaque forme
Quand choisir la SASU
La SASU convient à l'entrepreneur déjà couvert par un autre régime — salarié à temps partiel, conjoint affilié au régime général — qui n'a pas besoin de cotiser pour ses droits sociaux via sa société. Elle correspond aussi aux profils qui anticipent une croissance rapide, souhaitent réinvestir les bénéfices plutôt que les distribuer, ou envisagent d'accueillir des investisseurs grâce à la souplesse statutaire de la SAS.
Quand préférer l'EURL
L'EURL s'impose pour l'entrepreneur qui a besoin d'une rémunération régulière et cherche à construire sa protection sociale progressivement. Elle convient aux indépendants exerçant une activité stable, sans projet immédiat d'associer des tiers. L'EURL à l'IR peut également être pertinente en phase de démarrage avec des bénéfices faibles, évitant la double imposition. Dans tous les cas, ce choix doit être validé avec un expert-comptable qui intégrera votre situation personnelle complète : patrimoine, TMI réel, objectifs de transmission.
Cet article ne constitue pas un conseil fiscal. Consultez un expert-comptable pour votre cas précis.
Adaptez ce comparatif à vos chiffres
Calcul actualisé en direct · Données fiscales LF 2026
Assimilé salarié (≈ 75 %) TNS (≈ 45 %)
Capitalisation à 4 %/an
| Stratégie | Patrimoine net après 10 ans | Impôts totaux |
|---|---|---|
|
Rémunération
Gagnant
|
27 221 € | 22 549 € |
|
Dividendes
Gagnant
|
27 538 € | 12 345 € |
|
Holding
Gagnant
|
40 295 € | 3 932 € |
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Ouvrir le simulateur completMéthode & sources
Pas expert-comptable ni CGP. Les calculs reposent uniquement sur des sources publiques citées ci-dessous, vérifiables. Une erreur ou un cas mal traité ? signalez-le, on corrige.
- Mise à jour
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Calcul réalisé sur 30 000 € de bénéfice après IS, TMI 11 %
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