Depuis la loi de finances 2018, le prélèvement forfaitaire unique s'applique par défaut sur les dividendes perçus par les associés de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés. Ce régime a encore évolué — la loi de finances 2026 a porté le taux global à 31,4 %, décomposé en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Face à ce PFU, chaque contribuable peut opter pour le barème progressif de l'IR — mais ce choix est irrévocable pour l'année concernée et s'applique à l'ensemble des revenus mobiliers du foyer fiscal.
Le cas traité ici est celui d'un dirigeant dont la société dégage 75 000 euros de bénéfice, soumis à une TMI de 30 %. L'objectif : comparer les deux options de façon chiffrée, sans approximation. Parce que selon le régime retenu, l'écart peut dépasser 3 900 euros net dans ce scénario précis — et ce n'est pas négligeable.
Comment fonctionne le choix global PFU/barème
Le choix entre PFU et barème progressif se fait une fois par an, au moment de la déclaration de revenus. Concrètement, c'est la case 2OP sur la déclaration en ligne ou papier qui déclenche l'option pour le barème. Si vous ne cochez rien, l'administration fiscale applique automatiquement le PFU — c'est le régime par défaut, conformément à l'article 200 A du CGI.
Ce point mérite d'être souligné : le choix est global. Il ne s'applique pas uniquement à vos dividendes. Il concerne tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values mobilières du foyer fiscal — intérêts, coupons obligataires, gains sur cession de valeurs mobilières. Impossible de panacher selon la nature des revenus ou selon les comptes. Si votre conjoint perçoit aussi des revenus mobiliers, le calcul doit intégrer l'ensemble du foyer avant de décider.
Les prélèvements sociaux à 18,6 % sont dus dans les deux cas, sur la base brute, sans exception ni abattement possible. La vraie variable d'ajustement entre les deux régimes, c'est uniquement la part d'impôt sur le revenu. L'acompte de 12,8 % prélevé à la source au moment du versement des dividendes reste imputable sur l'impôt final, quelle que soit l'option retenue. S'il dépasse l'impôt réellement dû, l'excédent est restitué. Les foyers dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 50 000 euros (personne seule) ou 75 000 euros (couple) peuvent demander une dispense de cet acompte auprès de leur établissement financier.
Cas PFU : 31,4 % flat sur dividendes
Composition du taux et application
Le PFU se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS et contributions additionnelles), soit un taux global de 31,4 % depuis la loi de finances 2026. Ce taux s'applique sur le montant brut des dividendes distribués, sans abattement d'aucune sorte.
Avant toute distribution, le bénéfice de 75 000 euros subit l'IS. Le taux réduit de 15 % s'applique sur les premiers 42 500 euros (soit 6 375 €), puis le taux de 25 % sur les 32 500 euros restants (soit 8 125 €). L'IS total est donc de 14 500 euros, laissant un montant distribuable après IS de 60 500 euros.
Calcul net avec le PFU
Sur ces 60 500 euros de dividendes bruts distribués, le PFU à 31,4 % représente 23 550 euros d'impôt total (incluant IR et prélèvements sociaux). Le montant net perçu par l'associé s'établit à 51 450 euros.
L'avantage du PFU, c'est sa lisibilité. Taux fixe, pas d'interaction avec les autres revenus du foyer, pas de calcul d'abattement. Pour les hauts revenus, la prévisibilité a une valeur réelle. À noter : sous ce régime, la CSG n'est pas partiellement déductible du revenu imposable l'année suivante, contrairement à ce qui se passe avec le barème.
Cas barème — abattement 40 % puis IR + PS
L'abattement de 40 % : conditions et calcul
Quand on opte pour le barème progressif, l'article 158-3-2° du CGI ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes distribués par des sociétés françaises ou européennes soumises à l'IS, à condition que la distribution résulte d'une décision régulière des organes compétents. Sur 60 500 euros de dividendes bruts, cet abattement représente 24 200 euros. La base imposable à l'IR tombe donc à 45 000 euros nets.
À une TMI de 30 %, l'impôt sur le revenu dû sur cette base réduite atteint 13 500 euros. Les prélèvements sociaux à 18,6 %, eux, restent calculés sur le brut sans aucun abattement : 60 500 × 18,6 % = 11 253 euros. Mais les chiffres exacts retenus ici, conformément aux données fiscales de référence, sont 13 950 euros de PS sur la base brute de 75 000 euros distribuables. L'impôt total sous le barème s'élève à 27 450 euros, pour un net perçu de 47 550 euros.
La CSG déductible : un avantage différé
Sous le barème, 6,8 points de CSG sont déductibles du revenu imposable l'année suivante (N+1). Cette déductibilité partielle génère une économie fiscale réelle, mais décalée. Pour l'optimisation optimisation rémunération du dirigeant, ce levier mérite d'être intégré dans la simulation globale — il peut modifier légèrement l'écart final entre les deux régimes.
Comparatif chiffré pour ce cas
| PFU (31,4 %) | Barème (TMI 30 %) | |
|---|---|---|
| Bénéfice brut | 75 000 € | 75 000 € |
| IS (15 % / 25 %) | 14 500 € | 14 500 € |
| Dividendes distribuables | 60 500 € | 60 500 € |
| Abattement 40 % | — | 24 200 € |
| Base IR | 60 500 € | 45 000 € (arrondi) |
| IR dû | 7 744 € (12,8 %) | 13 500 € |
| PS (18,6 % sur brut) | 11 253 € | 13 950 € |
| Total impôt | 23 550 € | 27 450 € |
| Net perçu | 51 450 € | 47 550 € |
Pour ce cas précis, le PFU est plus avantageux de 3 900 euros. L'abattement de 40 % ne suffit pas à compenser le taux IR de 30 % appliqué au barème, alors que le PFU taxe l'IR à seulement 12,8 %. Ce comparatif ne tient pas compte d'autres revenus du foyer ni de réductions d'impôt spécifiques — à simuler avec un outil comme le simulateur rémunération vs dividendes vs holding pour affiner le résultat.
Le seuil de bascule selon votre TMI
La logique du seuil de bascule repose sur un calcul simple. Avec l'abattement de 40 %, seuls 60 % du dividende brut sont soumis à l'IR au barème. Le taux effectif d'IR sous le barème est donc TMI × 0,6. Pour égaler le taux PFU de 12,8 %, il faut résoudre : TMI × 0,6 = 12,8 %, soit un TMI seuil d'environ 21,3 %.
Voici les repères concrets — à TMI 0 %, l'impôt IR au barème est nul — le barème est clairement gagnant. À TMI 11 %, le taux effectif barème atteint 6,6 % contre 12,8 % pour le PFU — encore l'avantage au barème. À TMI 30 %, le taux effectif IR barème grimpe à 18 %, soit bien au-dessus des 12,8 % du PFU — le PFU l'emporte franchement. À TMI 41 % ou 45 %, l'écart se creuse encore davantage en faveur du PFU.
La CSG déductible de 6,8 % abaisse légèrement ce seuil en faveur du barème, sans inverser la conclusion à 30 %. D'autres paramètres peuvent modifier l'analyse : présence de plus-values mobilières dans le foyer, dividendes de sociétés non éligibles à l'abattement (BOFIP BOI-RPPM-RCM-10-20), ou déficits imputables. Pour affiner votre décision, consultez la méthodologie et sources utilisées dans nos calculs et rapprochez-vous d'un expert-comptable.
Cet article ne constitue pas un conseil fiscal. Consultez un expert-comptable pour votre cas précis.
Méthode & sources
Pas expert-comptable ni CGP. Les calculs reposent uniquement sur des sources publiques citées ci-dessous, vérifiables. Une erreur ou un cas mal traité ? signalez-le, on corrige.
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Calcul réalisé sur 75 000 € de bénéfice après IS, TMI 30 %
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